🐚004 - Le voyage du Bernard-l’Hermite qui voulait tout 🐚

Un matin, Dame Nature se pencha sur une petite âme qui venait de s’éveiller.

Sa voix était douce comme le vent du matin :

— Petite âme qui retourne au vivant, qui veux-tu être dans cette nouvelle vie ?

La petite âme hésita. Elle se souvenait avoir été légère comme une méduse portée par les courants, forte et piquante comme un oursin mais isolée, courageuse comme une crevette prête à aider les autres mais blessée parfois par les ruptures et la solitude.
Cette fois, elle se voyait bien explorer le récif, tout en restant forte et protégée.

Alors elle déclara avec ardeur :
— Je veux être fort, pour que personne ne me fasse de mal !
— Je veux être libre, pour aller partout où je veux !
— Et je veux goûter le luxe de n’appartenir à personne !

Dame Nature sourit, mystérieuse :
— Soit.

Et hop ! La petite âme devint… un bernard-l’hermite.


Sous la lumière claire de Méditerranée, le jeune bernard-l’hermite se sentait invincible.
Devant, ses pinces puissantes le défendaient de tout.
Ses pattes le portaient partout, d’un rocher à l’autre, d’une plage à l’autre.
Et puisqu’il n’avait pas encore de coquille, il se croyait libre comme le vent.

Mais très vite, il découvrit quelque chose d’étrange : derrière lui, son corps était tendre et fragile.
Sans coquille, il était exposé à tous les dangers.
Alors il dut chercher, encore et encore, une maison abandonnée où se protéger.


🌊 Première découverte : la coquille trop lourde

Entre deux rochers chauffés par le soleil, il trouva une énorme coquille brillante.
— Oh, elle est magnifique ! dit-il en s’y glissant.
Mais sitôt qu’il voulut bouger, il bascula en arrière.
— Trop lourde ! soupira-t-il. Et il repartit, un peu vexé.


🐚 Deuxième essai : la coquille trop petite

Plus tard, il découvrit une coquille ronde et légère.
— Celle-là est parfaite ! s’exclama-t-il.
Mais à peine installé, ses pattes dépassaient de partout.
— Aïe ! Trop petite ! Il dut repartir encore.


Troisième essai : la coquille parfaite

Enfin, il trouva la coquille idéale.
Juste à sa taille ! Dès qu’il se sentait en danger, hop, il s’y recroquevillait, bien à l’abri.
Mais toujours, il devait la transporter, comme un trésor nécessaire… et encombrant.

Au fil des saisons, il grandit. À chaque mue, il dut abandonner sa maison devenue trop étroite pour en chercher une autre, plus grande, plus lourde.
Et partout où il allait, sa coquille le suivait comme une ombre.


🐟 Une rencontre manquée : le poisson curieux

Un jour, un petit poisson argenté vint vers lui.
— Bonjour ! Tu viens jouer ?
Mais le bernard-l’hermite se cacha aussitôt dans une fente sombre.
— Non, je préfère rester seul, grogna-t-il.
Le poisson haussa les nageoires et s’en alla en lâchant des bulles rigolotes.

Les années passèrent.
Le bernard-l’hermite marcha sur les rochers de calcaire, observa les étoiles de mer qui luisaient comme des soleils sous l’eau, se cacha des poissons trop curieux.
Il était fort devant, libre de ses pas… mais toujours lié à sa coquille, et souvent seul, car il se méfiait de tous.



Un soir, quand le soleil embrasa la mer d’or et de pourpre, Dame Nature revint.
— Alors, petite âme… as-tu été forte, libre et indépendante comme tu le voulais ?

Le bernard-l’hermite baissa ses yeux brillants :
— Oui… mais j’ai appris que la force n’empêche pas la peur,
que la liberté peut être lourde à porter,
et que l’indépendance, c’est parfois être terriblement seul.

Dame Nature hocha la tête, son sourire doux comme une vague tranquille :
— La prochaine fois, peut-être, penseras-tu aussi à demander… un peu d’amour.

Le bernard-l’hermite serra sa coquille contre lui comme un trésor.
Et, au fond de son cœur tendre, il rêva qu’un jour, il trouverait un ami avec qui partager ses aventures.




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