🐙 006 - La poulpe aux mille caresses
Dame Nature, assise au bord d’un courant tiède, se pencha vers la petite âme et lui demanda d’une voix claire comme la rosée :
— Petite âme, qui veux-tu être dans cette nouvelle vie ?
— Je veux être rusée, agile et habile, répondit l’âme.
— Et que désires-tu posséder ?
— Tout ce que je peux, dit-elle sans hésiter.
— Et que veux-tu garder près de toi ?
— Tous mes enfants, jusqu’à la fin de ma vie.
— Soit, petite âme. Je t’offrirai huit bras et mille ventouses pour attraper le monde… mais souviens-toi : il est des trésors qu’on ne peut garder qu’en les laissant partir.
Dame Nature sourit doucement.
Et elle la confia à la mer.
— Je veux être rusée, agile et habile, répondit l’âme.
— Et que désires-tu posséder ?
— Tout ce que je peux, dit-elle sans hésiter.
— Et que veux-tu garder près de toi ?
— Tous mes enfants, jusqu’à la fin de ma vie.
— Soit, petite âme. Je t’offrirai huit bras et mille ventouses pour attraper le monde… mais souviens-toi : il est des trésors qu’on ne peut garder qu’en les laissant partir.
Dame Nature sourit doucement.
Et elle la confia à la mer.
🌊 La naissance d’une petite poulpe
Au creux d’un rocher, sous la caresse d’une vague, naquit une minuscule poulpe.
Toute formée déjà, avec ses huit bras souples et ses ventouses curieuses, elle se mit aussitôt à tout toucher, tout explorer, tout goûter.
Elle attrapait des coquillages, soulevait le sable, faisait tournoyer des cailloux brillants entre ses bras. Tout l’émerveillait.
Elle attrapait des coquillages, soulevait le sable, faisait tournoyer des cailloux brillants entre ses bras. Tout l’émerveillait.
Mais la mer n’est pas toujours tendre, et la petite poulpe apprit bien vite qu’elle pouvait, elle aussi, être mangée.
Alors, Dame Nature lui souffla son premier secret :
Alors, Dame Nature lui souffla son premier secret :

« Quand tu auras peur, deviens invisible. »
Et la petite poulpe découvrit qu’elle pouvait changer de couleur, de forme, de texture. Grise comme la pierre, dorée comme le sable, verte comme la posidonie.
Elle s’en amusait tant ! Parfois, elle s’étalait sur le fond et disparaissait tout à fait, ne laissant qu’une ombre douce dansante au rythme du courant.
🐠 Le danger du mérou
Un jour, alors qu’elle s’amusait à suivre les reflets d’un banc d’anchois, elle aperçut un énorme mérou sortir d’une faille.
Sa bouche semblait sourire, mais c’était un sourire de pierre, large et trompeur.
La petite poulpe s’immobilisa.
Non loin d’elle, une de ses sœurs nageait, insouciante.
En un éclair, le mérou l’avala tout entière.
La poulpe se faufila aussitôt dans un trou de rocher, ses cœurs battant si fort qu’ils faisaient trembler la mer autour d’elle.
Elle agrippa un tas de cailloux et les serra contre elle, bouchant son refuge.
Si elle avait eu une coquille, pensa-t-elle, elle aurait été plus tranquille.
Mais elle avait choisi la souplesse, et il lui fallait désormais la ruse pour survivre.
🌌 Le bal amoureux
Les lunes passèrent.
La petite poulpe grandit et devint une belle demoiselle des profondeurs.
Elle savait se faufiler partout, disparaître à volonté, se faire pierre, algue ou sable.
Dame Nature l’avait bien gâtée : elle était vive, curieuse, et sa peau était une toile où jouaient les couleurs de la mer.
Un jour, un jeune mâle poulpe, intrigué par tant de grâce changeante, s’approcha d’elle.
Ils dansèrent ensemble toute la nuit, leurs bras mêlés, dessinant des arabesques de lumière sous la lune des flots.
Mais à l’aube, le jeune mâle voulut s’en aller.
— Je reviendrai, dit-il, la voix pleine de promesses.
La poulpe sentit ses cœurs se serrer. Elle ne voulait pas qu’il parte.
Alors, sans le vouloir, ses bras se serrèrent eux aussi, un peu trop fort.
Le jeune mâle devint tout blanc de peur et s’échappa de justesse, dans un nuage d’encre sombre.
La poulpe resta seule.
Autour d’elle, la mer semblait soudain immense et vide.
🪸 La maman aux guirlandes d’œufs
Les jours passèrent.
Elle trouva une jolie grotte tapissée de sable fin, un abri paisible au fond de l’eau.
Là, elle pondit des milliers de petits œufs, délicats comme des perles de verre.
Et elle resta là, les caressant sans cesse de ses bras.
Elle les nettoyait, les ventilait, les protégeait.
Elle était heureuse.
Ses enfants étaient tout autour d’elle — comme elle l’avait souhaité.
Son corps devint plus léger, ses couleurs plus pâles.
La mer toute entière semblait respirer à travers elle.
Elle les suspendit tout autour d’elle, en longues guirlandes transparentes.
Ses bras devinrent des berceuses, ses ventouses des baisers.
Mais à force de veiller, elle oublia de manger.
🌙 Le retour à Dame Nature
Alors, Dame Nature s’approcha dans un courant doux.
— Belle âme, as-tu vécu la vie que tu voulais ?
— Oui, murmura la poulpe, épuisée. J’ai attrapé tout ce que je désirais, et gardé mes enfants tout près de moi.
— Tu as bien vécu ce que tu avais souhaité.
— Oui, mais j’ai eu peur souvent. Et je me suis sentie seule parfois.
— Belle âme, as-tu vécu la vie que tu voulais ?
— Oui, murmura la poulpe, épuisée. J’ai attrapé tout ce que je désirais, et gardé mes enfants tout près de moi.
— Tu as bien vécu ce que tu avais souhaité.
— Oui, mais j’ai eu peur souvent. Et je me suis sentie seule parfois.
— Tu ne m’avais pas demandé de connaître l’amour, belle âme.
La poulpe baissa ses yeux pleins d’eau salée.
— C’est vrai… Mais regarde, Dame Nature : mes enfants sont là. Je veux les garder encore, tout contre moi.
— Non, belle âme. Tu ne peux pas. Ils doivent nager, explorer, aimer à leur tour.
La poulpe voulut protester, mais ses bras devinrent lourds, ses couleurs se fondirent dans la roche.
Alors Dame Nature, avec infinie douceur, recueillit son souffle et laissa les mille petits œufs éclore.
De minuscules poulpes s’envolèrent dans la lumière de la mer, pareils à des flocons de joie.
Et Dame Nature murmura :
— Tu as appris, belle âme, qu’aimer, ce n’est pas retenir. C’est laisser grandir et partir.
— C’est vrai… Mais regarde, Dame Nature : mes enfants sont là. Je veux les garder encore, tout contre moi.
— Non, belle âme. Tu ne peux pas. Ils doivent nager, explorer, aimer à leur tour.
La poulpe voulut protester, mais ses bras devinrent lourds, ses couleurs se fondirent dans la roche.
Alors Dame Nature, avec infinie douceur, recueillit son souffle et laissa les mille petits œufs éclore.
De minuscules poulpes s’envolèrent dans la lumière de la mer, pareils à des flocons de joie.
Et Dame Nature murmura :
— Tu as appris, belle âme, qu’aimer, ce n’est pas retenir. C’est laisser grandir et partir.
Puis elle la serra contre son cœur de marée et l’emporta dans un rêve de courant chaud, en attendant sa prochaine naissance.
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